Histoire - Archeage

Prologue

De longs siècles avant l’Exode, douze compagnons entreprirent un périple au terme duquel apparut un monde que nous appelons « nôtre »… aux dépens du leur. Le récit de ce périple est raconté dans Dieux et héros, un ouvrage dont l’auteur serait un certain Lucius Quinto, barde qui fit l’erreur de se joindre à l’expédition.

12e jour ; 7e lunen

Et si ce n’était pas qu’une légende ?

La question est rarement posée. Au sein des cours et des cathédrales de Delphinad, elle en a même été promptement bannie. Dans les salles de banquet où l’hydromel coule à flots, on lui préfère les ballades vulgaires et les récits salaces dont raffolent les affamés et les sans espoir.

Mais pour nous, douze acolytes partageant à nous tous douze raisons de trouver le berceau du monde, cette question est devenue une obsession. Ce n’est qu’une question de temps avant que nos pieds n’emboitent le pas de nos cœurs. Nous avons mis le cap sur le nord, vers les montagnes d’Hiram.

Ces montagnes nous achèveront tous.

Nous avons déjà escaladé trois sommets. La fatigue nous a rattrapés, de même que le froid, et la laideur. Nos cheveux et nos nez sont dentés d’une glace derrière laquelle nos joues creuses tiraillent. Nous avons oublié les plaisirs d’un lit chaud, d’une table dressée. Désormais nous ne connaissons que la neige, la glace et ces rochers qui s’étendent à perte de vue.

Sommes-nous donc sots de continuer à entretenir l’espoir ? Quand bien même nous trouverions la source de toute magie, combien d’entre nous vivraient assez longtemps pour pouvoir en exploiter le pouvoir ?

Je perçois dans les yeux de mes compagnons des questions d’une toute autre nature. Des questions qui révèlent leur famine. Ils se demandent quelle douce échappatoire leur réserverait la chair de Firran, et salivent à l’idée d’arracher des côtes à notre compagnon astra.

Et si ce n’était pas qu’une légende ?

Parmi eux, il y en a une en particulier qui me glace les os : Orchidna, un esprit curieux qui hante les formes d’une enfant. Elle n’a pourtant ni le comportement, ni l’enthousiasme, ni même la légèreté d’un enfant…

Au contraire. Orchidna, la mal-aimée, n’a pas changé depuis ses jours passés à Delphinad. Elle qui vit la plus noble aventure de son existence, traîne les pieds du même pas lourd que lorsqu’elle errait jour et nuit dans les rues de la cité.

C’est Orchidna qui me rappelle sans cesse cette question : et si ce n’est vraiment pas qu’une légende ? Et si nous étions loin de soupçonner ce qui nous attend réellement ?

21e jour; 7e lune


Nous avons enfin quitté les montagnes et leurs vents glaciaux. Quittée aussi, la surface desséchée et craquelée du bassin d’Hiram, qui brûlait avec l’intensité et la cruauté d’un bûcher funéraire. Des jours durant, nous avons piétiné ce bassin, nous demandant sans cesse si nous n’avions échappé aux monts gelés que pour mourir asphyxiés par la chaleur.

Peu à peu, les dunes ont cédé la place à la terre, puis à des forêts sauvages, remplie d’une végétation folle. Nous y avons vu des plantes étranges – étaient-elles animées ? – qui semblaient marquer notre passage. Certaines d’entre elles s’en sont prises à nos armes, à nos membres, nous arrachant sang et chair jusqu’à ce que l’étrangelet – oui, l’étrangelet ! – découvre un moyen d’étancher leur soif.

Enfin, l’air autour de nous s’est épaissi et empreint de magie. À sa source, nous avons découvert la gueule béante d’un vaste cratère… le berceau du monde. Nous y avons lancé une torche, que les ténèbres ont vite engloutie, et depuis les profondeurs de l’abîme, le hurlement d’un brouillard étrange résonnait.

Loin d’être atterrés, nous étions ravis. Nous avions étudié la légende, et nous savions exactement où trouver les marches anciennes, maintenant en ruines, longeant les parois du cratère. Le cœur vaillant, nous avons entamé notre descente.

Sans fin, les jours se sont succédé. Les parois du cratère sont devenues de plus en plus périlleuses, criblées de racines noueuses. À force de taillades et de flammes bien placées, nous avons pourtant forgé notre chemin en avant et en aval.

Les racines ont progressivement laissé lieu à une surface obscure et résineuse, qui luisait comme si quelque chose brûlait en son for. Puis les marches se sont aplanies, nous marchions à même le sol… C’est alors que nous avons été accueillis par nos prédécesseurs, du moins ce qu’il en restait.

Je refuserais presque de conter leur sort, tant il est horrible ; un amoncellement d’os brisés et de souillures. Tandis que nous cherchions à remonter à la source de ces horreurs, ceux d’entre nous qui avaient plus à perdre qu’à gagner ont tenté – en vain – de nous convaincre de rebrousser chemin.

À présent, nous poursuivons notre chemin par groupe de deux, enlisés jusqu’à la taille dans un bourbier d’os humains – chaque tandem faisant craquer de son rythme unique les côtes et crânes qui nous entourent.

Orchidna, plus légère que moi, me précède de son pas traînant à travers les os, tenant sa torche au-dessus d’elle pour que je la suive. Elle me rappelle, bien trop souvent, que le berceau du monde pourrait être notre propre tombeau.

Tout n’est que chaos…

Nous venons de perdre notre premier compagnon : notre danseuse mystérieuse. Elle était jeune, belle et douée, mais sa grâce n’avait rien pu faire contre les dragons. Après les avoir vaincus, nous n’avons eu guère le temps de nous réjouir, et encore moins d’enterrer notre aventurière. Nous avons dû la laisser sur place, à demi enterrée quand notre étrange petite a disparu.

Prologue : Dieux et héros, III

Nous avons suivi la piste d’Orchidna jusqu’à l’entrée d’une cavité enveloppée de brume. Elle nous y attendait, les yeux emplis d’émerveillement. Elle avait trouvé le portail.

Le cadre du portail était orné de gravures d’une grande complexité, et d’une rune qui frémissait de magie à la jointure des portes. Plus nous le regardions, plus le portail semblait s’embellir… et plus nous avions l’impression qu’il promettait de nouvelles vies dans un nouveau monde.

Orchidna, affichant son premier sourire depuis des mois, a alors apposé sa main sur la rune.


Et pure folie…

La rune s’est éveillée, un éclair a déchiré l’air et le portail s’est ouvert devant nous, irradiant l’espace de vives lumières bleues et blanches. Ce n’est qu’à ce moment que nous avons remarqué un trône difforme, de l’autre côté du sceau à présent rompu, et la créature féerique qui était affalée dessus.

Alors qu’Orchidna s’approchait de la fée, celle-ci s’est levée toute scintillante de son siège et a contemplé Orchidna d’un regard curieux. Avec prudence, elle a demandé dans un murmure si la fin du monde était arrivée.

Bouche-bée, Orchidna m’a regardé. J’étais moi aussi, et pour une fois, à court de mots.

Au beau milieu de notre silence confus, la fée nous a expliqué qu’elle avait été chargée de garder le portail jusqu’à la fin des temps, ou jusqu’à ce qu’un autre garde ne vienne la remplacer. À peine avions-nous eu le temps de nous remettre de nos émotions et de retrouver nos voix, que la créature avait disparu… nous laissant tous avec Orchidna et ses hurlements de terreur.

De ses membres agissant en anormale harmonie, l’étrange petite Orchidna s’est muée jusqu’au trône et s’est installée sur sa surface froide et mystérieuse.

Et le monde s’est replié sur lui-même.

Nous avons souffert. Nous avons perdu un compagnon et en avons condamné un autre. Et pourtant, nous gardons espoir.

Le portail a ouvert un passage vers le berceau du monde, le Jardin, source de toute magie. Il doit y exister un pouvoir capable de libérer Orchidna de sa nouvelle demeure, de sa prison. Nous lui avons fait la promesse de trouver tel pouvoir parmi les merveilles dont ce berceau regorge.

Après un peu de repos, nous nous remettons en route, l’un après l’autre. Nous disons à Orchidna (et à nous-mêmes) que notre exploration ne devrait pas nous prendre plus d’un jour…

On dit que le temps apaise la mémoire,
Que son don ultime est d’oublier qu’on a oublié.
Si seulement cela pouvait être vrai, si seulement…

Un millier d’années a beau s’être écoulé depuis que nous avons découvert le passage, mes jours sont encore hantés par les souvenirs que j’en garde. Je ne peux m’empêcher de repenser à notre expédition, et à Orchidna, prisonnière du trône du gardien.

Je me souviens avoir pris la route la gorge nouée, alors qu’Orchidna nous suppliait à chaudes larmes de rester à ses côtés. Les uns après les autres, nous lui avions promis de revenir armés d’une magie qui lui rendrait sa liberté. Et puis, nous étions passés au travers du portail… En un instant, nous étions tous séparés, perdus, isolés les uns des autres.

Épilogue : Dieux et héros, IV

Le temps s’était mis à tournoyer autour de nous, les siècles défilant au rythme de simples souffles de mortels. Quand nous avons enfin retrouvé le chemin du retour, nous avions acquis des pouvoirs aussi vastes que terrifiants. Certains d’entre nous avaient été dotés de la puissance de héros, d’autres avaient été transformés en dieux.

Nous étions également revenus chargés de rancœurs, conséquence de rivalités et jalousies qui s’étaient envenimées au fil des siècles. Nous étions ainsi des êtres d’amour et de haine. Nous déclarions des guerres et faisions couler le sang avec des pouvoirs que nous pouvions à peine comprendre.

Nous étions tels des enfants, incontrôlables, armés d’une magie primitive faisant souffrir de nombreux innocents à chacun de nos impairs. Mais c’est Eugène qui avait hérité des pires pouvoirs. Autrefois notre meneur, il était devenu Kyrios, le dieu de la mort répandant la destruction sur notre monde.

Même à neuf contre lui, parmi lesquels des individus possédant des pouvoirs rivalisant avec les siens, nous n’avions pu sauver ni l’ancien continent, ni Orchidna, ni la douce Nui, qui s’était sacrifiée pour la survie de nos peuples.

L’avenir est désormais incertain. De sinistres alliances se préparent à de prochains combats. Et certains d’entre nous sont prêts à leur prêter main-forte. Si certains aiment à vivre dans les légendes du passé, à vivre et à revivre de merveilleux souvenirs dans lesquels le temps s’est arrêté, je me plais à croire que des héros d’un genre nouveau verront le jour. Des héros qui réécriront nos erreurs, qui retrouveront ceux qui ont été abandonnés et qui nous guideront vers un âge de lumière.

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